Comment devenir parent rebat les cartes de l'ambition professionnelle

« J'étais carriériste. Je pouvais faire du 8-20 heures sans problème. Aujourd'hui, j'ai l'ambition d'avoir une vie à côté, équilibrée et épanouie. » Avant la naissance de son fils en novembre 2021, Elodie, 32 ans, commerciale, a sillonné les routes d'Aquitaine pour le compte d'une grande entreprise de la tech pendant treize ans.

La jeune maman n'est jamais revenue travailler. Comme elle aime le dire « ça a remis l'église au milieu du village ». Pourtant elle adorait son métier, ses clients, ses missions, ses collègues… « Et d'un coup, j'avais l'impression de ne rien apporter à mes clients alors que j'avais besoin de me sentir utile à la société. »

Son déclic opère face à la directrice de la future crèche de son tout-petit. Elodie et son conjoint demandent la formule maximum : 8-18 heures, cinq jours sur sept, au départ surtout « pour mettre toutes les chances de notre côté » au regard de la difficulté d'obtention d'une place. Elle comprend alors que son bébé de 10 mois va y passer 50 heures. « Je me suis dit ce n'est pas possible de passer d'un plein-temps avec lui à tout ce temps séparés… »

Impossible de le confier à une « as'mat' » (assistante maternelle) pour des questions logistiques et, d'autres financières, d'employer une nounou à la maison. Elle demande alors à passer à un 4/5e (80 %), « silence radio » de son employeur. Pas question de mettre en sourdine son envie de disponibilité pour sa famille, elle décide de changer totalement de métier. La commerciale renoue avec une des aspirations professionnelles enfouies et s'inscrit à un CAP d'accompagnement éducatif petite enfance en vue d'ouvrir sa propre « MAM », une maison d'as'mat'.

LEs femmes cadres réduisent plus leur temps de travail comparé aux employées

L'histoire d'Elodie est celle de près de la moitié des professionnelles. En France, 45 % des salariées entre 25 et 49 ans qui ont des responsabilités familiales - c'est-à-dire s'occupant d'un ou plusieurs enfants de moins de 15 ans - déclarent qu'être mère a des répercussions sur leur carrière, selon l'enquête « être parents » publiée en 2020 par l'Insee (données 2018). Contre 23 % pour les hommes.

Principal effet : la réduction du temps de travail. Les mères déclarent nettement plus souvent que les pères (16 % contre 3 %) que leurs responsabilités familiales les ont amenées à faire ce choix. C'est encore plus vrai pour les femmes cadres, qui ont plus souvent de gros horaires, par rapport aux autres salariées.

Concilier mode de garde d'un enfant avec leur emploi du temps s'avère ardu quand ce n'est pas tout bonnement une quadrature du cercle. Pour Clarisse, 37 ans, ex-directrice d'un spa, maman d'un petit garçon de 3 ans, le casse-tête a pris fin avec son licenciement économique. Un « choc » rapidement transformé en « soulagement », après les remarques répétées de sa supérieure : « Une fois de plus je dois m'adapter à votre agenda alors que ça devrait être l'inverse » ; « mais il est tout le temps malade ! » ou encore « une directrice devrait être en mesure de rester tard le soir ».

Il y a un an, elle a lancé sa propre entreprise de conseil dans la spa thérapie. Mais, Clarisse a bien fait les frais de ce que l'économiste Antoine Math appelle le « coût d'opportunité » c'est-à-dire une partie des « coûts indirects » des enfants en termes de pertes de salaires ou de carrière imputables aux charges parentales. Au niveau macroéconomique, ce coût se chiffrerait à 307 et 336 milliards d'euros par an (soit 13 à 14 points de PIB), selon les estimations réactualisées de cet expert de l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires).

Source: Les Echos par Marion Simon Rainaud. 

 

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